Face aux limites structurelles des réseaux électriques et aux coûts élevés des alternatives fossiles, l’Afrique mise de plus en plus sur les solutions d’électrification décentralisée. Porté par la baisse des coûts du solaire et les besoins croissants en électricité, ce modèle s’impose progressivement comme un pilier des politiques d’accès à l’énergie sur le continent.
Légende : Panneau solaire
L’accès universel à l’électricité reste l’un des grands défis du développement en Afrique. Alors qu’environ 600 millions de personnes vivent encore sans électricité, les stratégies d’électrification évoluent. Longtemps centrées sur les grandes centrales connectées au réseau, elles intègrent désormais de plus en plus des solutions décentralisées, en particulier le solaire photovoltaïque.
Cette tendance est mise en lumière par deux rapports récents, publiés par le Global Solar Council (GSC) et par l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Tous deux soulignent la montée en puissance des systèmes solaires distribués, qu’il s’agisse d’installations individuelles, de solutions pour les entreprises ou de mini-réseaux alimentant des communautés entières.
Le solaire distribué gagne du terrain
Selon le Global Solar Council, dans son rapport Africa Market Outlook for Solar PV: 2026-2029 publié début février, le solaire distribué représente au moins 44 % des installations solaires en Afrique en 2025. Une proportion que l’organisation estime sous-évaluée, en raison des difficultés à recenser les systèmes installés hors réseau.
Cette évolution marque un tournant pour un marché longtemps dominé par de grands projets centralisés. La baisse continue des prix des panneaux solaires, combinée aux progrès réalisés dans le stockage par batteries, rend désormais ces solutions plus accessibles et plus fiables. Elles répondent surtout à une réalité bien connue : des réseaux électriques souvent instables, insuffisamment étendus et soumis à des hausses tarifaires.
Des contraintes géographiques et économiques fortes
Les constats du GSC rejoignent ceux de l’Agence internationale de l’énergie. Dans son analyse sur l’accès à l’électricité en Afrique, l’AIE souligne que la majorité des ménages encore non raccordés vivent loin du réseau existant. Beaucoup se trouvent à plus de 30 kilomètres des lignes électriques, parfois à plus de 100 kilomètres, notamment dans des zones rurales peu densément peuplées.
Dans ces conditions, l’extension du réseau devient techniquement complexe et financièrement coûteuse. L’AIE estime ainsi que, dans son scénario ACCESS, environ 55 % des nouveaux accès à l’électricité d’ici 2035 devraient reposer sur des solutions décentralisées, jugées plus rapides et plus rentables dans de nombreux contextes.
Une intégration croissante dans les politiques nationales
Autre signal fort : ces solutions sont désormais intégrées dans les plans énergétiques nationaux de plusieurs pays africains, parmi lesquels le Burkina Faso, l’Éthiopie, le Ghana, Madagascar ou encore la Mauritanie. Les gouvernements y voient un levier essentiel pour accélérer l’électrification, tout en limitant les coûts pour les finances publiques.
Si le financement reste un défi majeur, les coûts ont fortement diminué ces dernières années. Le prix des mini-réseaux a baissé d’environ 35 % par kilowatt-crête en cinq ans, grâce à la chute des coûts des panneaux solaires et des batteries. Une dynamique qui conforte le rôle central des solutions décentralisées dans les trajectoires énergétiques africaines.
À la croisée des impératifs économiques, sociaux et environnementaux, le solaire hors réseau s’impose ainsi comme une réponse concrète et durable au défi de l’accès à l’électricité sur le continent.