Dans le département du Mono, le Groupement intercommunal du Mono (Gi-Mono) a récemment lancé l’exploitation d’une station intercommunale de traitement des boues de vidange. Installée pour améliorer l’assainissement et réduire les délais de vidange des fosses septiques dans plusieurs communes comme Lokossa et Comé, l’infrastructure marque une avancée majeure dans la gestion locale des déchets, même si l’adhésion des populations reste progressive.
Légende : Station de traitement des boues de vidange
Pendant longtemps, la gestion des boues de vidange dans le département du Mono dépendait presque exclusivement de prestataires basés à Cotonou. Cette situation provoquait des délais particulièrement longs pour la vidange des fosses septiques, pouvant atteindre plusieurs mois, et des coûts souvent élevés pour les ménages.
A cet effet la mise en service d’une station intercommunale de traitement des boues de vidange par le Groupement intercommunal du Mono change progressivement cette réalité. Les déchets issus des fosses septiques peuvent ainsi être traités localement, ce qui réduit considérablement les délais d’intervention et facilite l’accès au service pour les habitants.
Selon Gilbert Noukpo, agent de la station, l’infrastructure constitue une réponse concrète aux besoins croissants d’assainissement liés à la croissance démographique et à l’urbanisation progressive des communes du département.
Un dispositif écologique et innovant
La station repose sur un système écologique basé sur des lits plantés et des matériaux filtrants. Les boues collectées sont d’abord déposées sur des dalles composées de plusieurs couches de gravier et de sable. Ce dispositif permet aux liquides de s’infiltrer progressivement à travers les différentes couches de filtration.
Le liquide ainsi filtré est ensuite acheminé vers une zone d’infiltration comprenant trois lagunes successives. À ce stade, l’eau atteint un niveau de traitement estimé à près de 99 %. Le processus se termine dans une zone boisée où les racines des plantes facilitent l’absorption finale de l’eau filtrée.
La mise en service de l’installation s’est faite progressivement afin de permettre aux plantes utilisées dans le système de s’adapter aux boues. « Nous avons commencé avec un mètre cube de boues, puis augmenté progressivement la capacité », précise l’agent.
Des délais de vidange considérablement réduits
Avant la construction de la station, les ménages devaient passer par les services municipaux pour demander la vidange de leurs fosses. Les camions venaient souvent de Cotonou, ce qui entraînait des délais pouvant aller jusqu’à cinq mois.
Aujourd’hui, la situation s’est nettement améliorée. Les demandes peuvent être satisfaites en moyenne dans un délai de deux semaines, ce qui représente un gain de temps important pour les populations.
Des bénéfices sanitaires et environnementaux
La gestion efficace des boues de vidange joue un rôle essentiel dans la prévention des maladies hydriques comme le choléra, la typhoïde ou les infections diarrhéiques. Les boues non traitées peuvent contaminer les sols et les nappes phréatiques utilisées pour l’approvisionnement en eau.
En assurant un traitement contrôlé des déchets, la station contribue à protéger l’environnement et à améliorer les conditions sanitaires des populations. Elle participe également à la structuration d’un véritable service local d’assainissement.
Un changement de comportement encore en cours
Malgré les avancées, l’adoption du service reste progressive. À Lokossa, certains habitants reconnaissent les avantages de l’infrastructure mais attendent souvent le dernier moment avant de solliciter une vidange.
D’autres évoquent la question du coût, qui peut représenter un frein pour certaines familles. Ces préoccupations soulignent l’importance de renforcer les campagnes de sensibilisation afin de mieux faire comprendre les enjeux sanitaires liés à l’assainissement.
Un modèle intercommunal à consolider
Pour les communes du Mono, la station représente une étape importante vers une gestion plus autonome et durable des boues de vidange. À terme, les boues traitées pourraient même être valorisées sous forme de compost, ouvrant la voie à une gestion circulaire des déchets.
Le succès de cette initiative dépendra toutefois du renforcement des capacités techniques, de l’appui des pouvoirs publics et de l’adhésion progressive des populations à ce service essentiel pour la santé publique et la protection de l’environnement.