La mise en service progressive de la méga-raffinerie du groupe Dangote marque un tournant majeur pour le secteur énergétique africain. Depuis le 23 mars 2026, cette infrastructure située à proximité de Lagos a commencé à exporter ses carburants vers plusieurs pays du continent, dans un contexte international tendu marqué par la guerre au Moyen-Orient. Cette évolution, au-delà de ses implications régionales, présente également des enjeux stratégiques importants pour le Bénin, pays voisin du Nigeria.
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Une nouvelle dynamique régionale de l’approvisionnement énergétique
Avec une capacité de production estimée à 650 000 barils par jour, la raffinerie Dangote dépasse désormais les besoins domestiques du Nigeria, premier producteur de pétrole en Afrique. Le groupe a annoncé avoir déjà exporté 12 cargaisons, soit environ 456 000 tonnes de carburant, vers des pays tels que la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo, le Cameroun et la Tanzanie. Cette montée en puissance intervient dans un contexte où les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, notamment le conflit déclenché le 28 février 2026, ont entraîné une hausse significative des prix du pétrole sur les marchés internationaux.
Face à ces perturbations, plusieurs pays africains cherchent à sécuriser leurs approvisionnements énergétiques. La raffinerie Dangote apparaît ainsi comme une alternative crédible aux importations en provenance d’Europe ou du Moyen-Orient, d’autant plus que certaines raffineries européennes réduisent actuellement leurs capacités de production. En diversifiant ses débouchés, le groupe nigérian contribue à renforcer la résilience énergétique du continent. Des opportunités et défis pour le Bénin
Pour le Bénin, cette nouvelle donne énergétique représente à la fois une opportunité et un défi. Pays fortement dépendant des importations de produits pétroliers, le Bénin pourrait bénéficier de sa proximité géographique avec le Nigeria pour accéder plus facilement à des carburants potentiellement moins coûteux et disponibles en plus grande quantité. Les échanges transfrontaliers, déjà importants entre les deux pays, pourraient ainsi s’intensifier dans le domaine énergétique.
Cependant, cette situation pose également des questions en matière de régulation et de compétitivité. Le marché béninois des hydrocarbures est structuré autour d’importations diversifiées, et l’arrivée massive de produits raffinés nigérians pourrait bouleverser cet équilibre. Par ailleurs, les fluctuations des prix observées au Nigeria où le litre d’essence est passé de 195 naira début 2023 à plus de 1 300 naira récemment montrent que même une production locale importante ne garantit pas une stabilité des prix.
Le Bénin devra donc adapter ses politiques énergétiques pour tirer profit de cette proximité tout en protégeant son économie. Cela pourrait passer par des accords bilatéraux, une amélioration des infrastructures de stockage et de distribution, ou encore une meilleure intégration régionale. Une influence au-delà du continent africain
Au-delà de l’Afrique, la raffinerie Dangote suscite également l’intérêt de marchés internationaux. Selon les responsables du groupe, des pays hors du continent ont exprimé des besoins, notamment en carburant d’aviation. Cette demande illustre la compétitivité croissante de cette infrastructure, capable de rivaliser avec des acteurs traditionnels du raffinage.
Toutefois, le Groupe Dangote reste exposé aux chocs externes. L’augmentation du prix du brut, des coûts de transport et des assurances liées au contexte géopolitique mondial affecte directement ses opérations. Malgré cela, la raffinerie constitue une avancée majeure pour l’industrialisation du Nigeria, qui dépendait encore récemment presque entièrement des importations de carburants. Pour le Bénin, voisin immédiat et partenaire économique clé du Nigeria, cette transformation ouvre la voie à une coopération énergétique renforcée. À condition de bien anticiper les impacts économiques et logistiques, le pays pourrait tirer un avantage significatif de cette nouvelle ère énergétique en Afrique de l’Ouest.