Les défis environnementaux auxquels l’humanité est confrontée aujourd’hui ne relèvent plus de simples projections scientifiques. Ils constituent désormais une réalité observable qui affecte les écosystèmes, les économies et les conditions de vie des populations. Face à cette situation, le Professeur Ismaïla TOKO IMOROU, Directeur de l’Institut du Cadre de Vie (ICaV) de l’Université d’Abomey-Calavi et Directeur de LaCarto, invite à une réflexion profonde sur les relations entre le climat, les forêts et les actions humaines.
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Pour le spécialiste, le XXIᵉ siècle apparaît comme celui de tous les paradoxes. Jamais l’humanité n’a disposé d’autant de connaissances scientifiques, d’outils technologiques et de capacités d’intervention sur son environnement. Pourtant, jamais les pressions exercées sur les ressources naturelles n’ont été aussi importantes. Cette contradiction place aujourd’hui la planète dans une situation critique où les changements climatiques, la déforestation et l’érosion de la biodiversité s’alimentent mutuellement.
Selon l’universitaire, le changement climatique n’est plus une menace future. Il est déjà perceptible à travers l’augmentation des températures, l’irrégularité des précipitations, la multiplication des sécheresses et des inondations ainsi que la dégradation progressive des rendements agricoles. L’Afrique, bien qu’elle contribue faiblement aux émissions mondiales de gaz à effet de serre, subit de plein fouet les conséquences de ce dérèglement.
Dans cette dynamique, les forêts occupent une place centrale. Véritables régulateurs naturels du climat, elles assurent le stockage du carbone, protègent les sols contre l’érosion, favorisent la fertilité des terres et abritent une grande partie de la biodiversité mondiale. Les forêts tropicales, en particulier, constituent des réservoirs écologiques indispensables à l’équilibre de la planète.
Or, ces écosystèmes sont aujourd’hui fortement menacés. L’expansion des terres agricoles, l’exploitation du bois-énergie, la carbonisation, l’urbanisation croissante et diverses formes de surexploitation des ressources naturelles contribuent à la réduction continue du couvert végétal. Cette dégradation entraîne à son tour une diminution de la capacité des écosystèmes à réguler naturellement le climat, créant ainsi un cercle vicieux aux conséquences multiples.
Le Professeur TOKO IMOROU souligne également que la perte de biodiversité représente l’un des défis les plus préoccupants de notre époque. Des milliers d’espèces végétales et animales sont aujourd’hui menacées de disparition. Certaines ont déjà disparu à l’état naturel, privant l’humanité de ressources précieuses pour l’alimentation, la médecine et le maintien des équilibres écologiques.
Pour le chercheur, l’humanité est engagée dans ce que plusieurs scientifiques qualifient de sixième extinction massive des espèces. La particularité de cette crise réside dans le fait qu’elle est principalement causée par les activités humaines. Toutefois, contrairement aux précédentes extinctions survenues au cours de l’histoire de la Terre, celle-ci peut encore être freinée grâce à une transformation des comportements individuels et collectifs.
Cette transformation passe avant tout par une remise en question des modèles actuels de développement. Il s’agit notamment de promouvoir une gestion durable des ressources naturelles, de renforcer les pratiques agroforestières, de développer la sylviculture, de protéger les écosystèmes sensibles et de réduire la dépendance excessive au bois-énergie. Au-delà des politiques publiques, le spécialiste insiste sur la responsabilité de chaque citoyen. Les choix quotidiens en matière de consommation, de production et de gestion des ressources influencent directement l’état de l’environnement. Repenser nos pratiques ne constitue donc pas seulement une nécessité écologique ; c’est également une condition essentielle pour préserver la sécurité alimentaire, la résilience des communautés et les perspectives de développement des générations futures. À travers cette analyse, le Professeur Ismaïla TOKO IMOROU rappelle une vérité fondamentale : l’avenir du climat, des forêts et de la biodiversité dépend largement des décisions prises aujourd’hui. Préserver l’environnement n’est plus une option, mais une exigence pour garantir la vie et le bien-être des générations présentes et futures.