Le vaste programme de modernisation du réseau électrique nigérian connaît un sérieux revers. Une décision de justice suspend l'achat de 1,55 million de compteurs intelligents, après une contestation des fabricants locaux qui dénoncent leur exclusion du marché. Ce blocage pourrait retarder les réformes engagées pour améliorer la facturation de l'électricité et réduire les pertes du secteur.
Légende : Compteur électrique
Au Nigeria, la modernisation du secteur de la distribution d'électricité fait face à un nouvel obstacle. L'Association des fabricants de compteurs du Nigeria (AMMON) a obtenu une décision de justice suspendant la procédure d'acquisition internationale de 1,55 million de compteurs intelligents dans le cadre du Distribution Sector Recovery Program (DISREP), un projet soutenu par la Banque mondiale.
À l'origine du litige, les industriels locaux estiment que l'appel d'offres international écarte les entreprises nigérianes au profit de fournisseurs étrangers, au détriment du développement de l'industrie nationale. Ils réclament qu'au moins 50 % des compteurs prévus dans le cadre du programme soient réservés à la production locale, affirmant disposer d'une capacité de fabrication d'environ cinq millions d'unités par an, dont 500 000 immédiatement disponibles.
Face à cette procédure judiciaire, la Compagnie de transport d'électricité du Nigeria (TCN), responsable de l'appel d'offres, a déjà reporté à trois reprises la date limite de dépôt des offres. Pour la Banque mondiale, ce contentieux constitue désormais le principal risque susceptible de compromettre la réussite du programme. L'institution prévient qu'en l'absence d'un règlement rapide, la procédure pourrait être annulée afin d'éviter une augmentation des coûts, de nouveaux retards et une incertitude prolongée sur le marché.
Malgré ces difficultés, le déploiement des compteurs se poursuit progressivement. À la mi-juin 2026, près de 1,23 million de compteurs avaient été fabriqués dans le cadre du programme, plus d'un million ayant déjà été expédiés vers le Nigeria. Parmi eux, environ 482 000 étaient installés, contre 365 000 seulement trois mois auparavant.
Cette modernisation répond à un défi majeur du secteur électrique nigérian. Des millions de ménages continuent d'être facturés sur la base d'estimations, faute de compteurs individuels, une situation qui alimente régulièrement les contestations entre consommateurs et compagnies de distribution. Le gouvernement s'est ainsi fixé pour objectif d'installer sept millions de compteurs supplémentaires afin d'améliorer la transparence de la facturation et de réduire les pertes financières.
Par ailleurs, ce nouveau différend intervient dans un contexte déjà délicat pour le secteur énergétique. Deux mois plus tôt, les autorités nigérianes avaient renoncé à un financement de 717,7 millions de dollars de la Banque mondiale destiné à l'électricité, en raison du non-respect de plusieurs objectifs de réforme. Toutefois, plus de 400 millions de dollars restent disponibles sur les 500 millions prévus pour le DISREP, dont la mise en œuvre a été prolongée jusqu'en mai 2028. Des discussions sont actuellement en cours entre les autorités nigérianes et la Banque mondiale afin de trouver une solution et permettre au programme de poursuivre sa mise en œuvre.