À l'heure où l'érosion de la biodiversité s'accélère sous l'effet de la destruction des habitats naturels, de la pollution, de la surexploitation des ressources et des changements climatiques, la maîtrise des données apparaît comme un levier incontournable pour orienter les politiques publiques et les actions de conservation. C'est dans cette dynamique que l'ONG SOS Biodiversity a organisé, du 3 au 4 juillet 2026 à l'Université d'Abomey-Calavi (UAC), la 5ème édition des Cours sur la Conservation de la Biodiversité (CBio 2026).
Légende : Photo de famille @DSG média
Placée sous le thème « De la donnée à l'action : outils numériques et participation citoyenne pour la conservation de la biodiversité », la formation a réuni étudiants, chercheurs, enseignants, agents des services publics, membres d'ONG et acteurs du développement local autour d'outils innovants destinés à améliorer la gestion des écosystèmes. En ouvrant les travaux, le Professeur Jean C. GANGLO, Professeur Titulaire de Sciences forestières et de biodiversité informatique à la Faculté des Sciences Agronomiques de l'UAC, a rappelé que la biodiversité constitue le fondement même de la vie humaine. « La biodiversité, c'est tout ce que nous voyons, sentons, mangeons et vivons. Si elle continue d'être menacée sans que nous n'agissions, c'est l'humanité elle-même qui risque de disparaître », a-t-il averti. Il a ensuite souligné la pertinence du thème retenu, estimant que les décisions en matière de conservation doivent désormais s'appuyer sur des données scientifiques fiables et sur les possibilités offertes par les technologies numériques. Saluant l'engagement du Laboratoire des Sciences Forestières et de ses partenaires, il a invité les participants à tirer pleinement profit des échanges afin de développer des collaborations, tout en rappelant que la protection de la biodiversité demeure une responsabilité collective.
Représentant la Direction Générale des Eaux, Forêts et Chasse (DGEFC), le Dr Augustin OROU MATILO a replacé cette initiative dans le contexte des engagements internationaux du Bénin. Il a rappelé que le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal, adopté en décembre 2022, ambitionne d'inverser la perte de biodiversité d'ici à 2030. Selon lui, cet objectif ne pourra être atteint qu'en renforçant la production de données fiables, la gouvernance environnementale et la participation de tous les acteurs. « Les données n'ont de valeur que lorsqu'elles servent à orienter les politiques publiques, guider les actions de terrain et éclairer les prises de décision », a-t-il déclaré. Il a également insisté sur le rôle déterminant de la jeunesse, qu'il considère comme une force d'innovation indispensable à la réussite des politiques nationales de conservation.
Après les discours officiels, CBio 2026 s'est voulu un véritable cadre de renforcement des capacités. Durant deux jours, les participants ont découvert plusieurs outils numériques et approches innovantes destinés à améliorer la collecte, la gestion et le partage des données sur la biodiversité. Les formations ont notamment porté sur la plateforme CHM Bioland Bénin, les systèmes d'information géographique (SIG), la télédétection, l'application Locus Map pour le monitoring de la biodiversité, la science citoyenne, la Liste rouge des écosystèmes de l'UICN, la planification de projets de restauration des mangroves ainsi que la documentation de la biodiversité sur Wikipédia.
Pour Etienne. DEGBOE, Directeur Exécutif de l'ONG SOS Biodiversity, cette diversité de profils a largement enrichi les échanges. « Les participants sont des étudiants, chercheurs, enseignants, membres d'ONG, agents des services publics, acteurs du développement local ou simplement des passionnés de biodiversité. Ils ont posé beaucoup de questions et se disent satisfaits des connaissances acquises durant cette cinquième édition », a-t-il indiqué.
Le Président de l'ONG SOS Biodiversity, Sunday Berlioz KAKPO, a rappelé que le choix du thème répond à un besoin concret : rapprocher les données scientifiques des actions de terrain afin d'améliorer durablement la conservation des écosystèmes. Même satisfaction du côté de Innocent AHAMIDE, Chef Service Recherche et Renforcement des capacités de SOS Biodiversity et Enseignant-Chercheur à l'UAC. Il estime que les objectifs fixés ont été pleinement atteints. « Les participants étaient très intéressés. Nous espérons maintenant une bonne appropriation de tous ces outils numériques de sauvegarde de la biodiversité dans leurs différentes communautés. Nous pouvons dire que tous les résultats escomptés sont atteints », s'est-il réjoui.
La dimension internationale de cette édition a également marqué les participants. Représentant les formateurs, le Spécialiste Belge Aurèle. BIÉVA, qui a animé une communication sur le thème « L'eau et la préservation de la biodiversité », a insisté sur la nécessité de renforcer la coopération entre les continents. « Cette formation me permet de mieux connaître les réalités africaines tout en partageant les expériences européennes. La nature et les problèmes environnementaux n'ont pas de frontières ; la perte de biodiversité concerne tout le monde. Nous devons donc travailler ensemble pour trouver des solutions », a-t-il souligné.
À l’issue des travaux, les responsables de SOS Biodiversity se sont félicités de l’intérêt suscité par cette cinquième édition ainsi que de la richesse des échanges. Ils ont salué l’engagement des partenaires et des participants, dont les contributions ont largement facilité la réussite de cette formation.
Du côté des participants, les témoignages convergent vers un même constat : ces deux jours d’atelier ont permis un renforcement significatif des capacités en matière de conservation de la biodiversité. Chanceline TCHIBOZO-KEKELE, spécialiste associée en économie de la nature à ACED ONG, retient notamment l’appropriation d’outils essentiels tels que la liste rouge des écosystèmes, le lien entre eau et biodiversité, ainsi que l’usage du numérique et des SIG pour mieux analyser et préserver les écosystèmes. Elle envisage de partager ces acquis avec ses collègues et de les intégrer dans la formulation des projets. Même satisfaction du côté de Marie-Angèle AKOWE IKPADOUH, responsable suivi écologique à Crédit ONG, qui souligne l’importance des nouvelles connaissances sur les mécanismes d’évaluation des écosystèmes et la plateforme CHM Bénin. Elle met également en avant la diversité des profils rencontrés, un atout pour renforcer les synergies entre acteurs et réorienter les actions de conservation, notamment en matière de restauration des écosystèmes. Pour sa part, l’enseignant-chercheur Apollinaire GOUSSANOU insiste sur l’apport des outils innovants, notamment les systèmes d’information géographique et les approches de cartographie des écosystèmes. Selon lui, ces acquis viennent consolider les compétences existantes et améliorer aussi bien la recherche que la sensibilisation sur la biodiversité.
À travers cette cinquième édition, SOS Biodiversity confirme ainsi son ambition de former une nouvelle génération d'acteurs capables d'utiliser les outils numériques, de produire des données fiables et de promouvoir une participation citoyenne active au service de la conservation de la biodiversité au Bénin. Une approche qui traduit concrètement le passage de la donnée à l'action, indispensable pour préserver durablement les écosystèmes.