DEGRADATION DES TERRES ET DEREGLEMENT CLIMATIQUE : Pourquoi le Bénin doit changer de modèle de développement

«Si l'homme est à l'origine du problème, il détient également la solution. » Cette conviction du Dr Ir Emile Padonou, Enseignant-Chercheur à la Faculté des Sciences agronomiques de l'Université d'Abomey-Calavi, résume les enjeux d'une transition devenue incontournable. Face à la dégradation accélérée des terres et aux effets de plus en plus visibles des changements climatiques, l'adoption des mesures de Gestion Durable des Terres (GDT) et d'Adaptation aux Changements Climatiques (ACC) apparaît désormais comme une condition essentielle d'un développement durable.

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Le constat est préoccupant. Selon les données présentées par le spécialiste, plus de 40 % des terres béninoises sont déjà dégradées, tandis que le pays perd chaque année environ 115 000 hectares de forêts. Cette dégradation ne constitue pas seulement une menace environnementale ; elle représente également un lourd handicap économique, avec une perte estimée à près de 8 % du produit intérieur brut.

À l'échelle de l'Afrique de l'Ouest, la situation est tout aussi alarmante. Plus de 80 % des terres agricoles subissent une dégradation progressive de leur fertilité. Déforestation, surexploitation des ressources, croissance démographique, réduction des périodes de jachère, pratiques culturales inadaptées et pression foncière bouleversent l'équilibre des écosystèmes. «Nos terres souffrent du nord au sud. Ce n'est pas une fatalité, mais le résultat direct de nos choix et de nos actions », affirme le Dr Padonou.

À ces pressions humaines s'ajoutent désormais les conséquences du dérèglement climatique. Hausse des températures, pluies irrégulières, sécheresses prolongées, inondations, vents violents et érosion accélèrent la perte de fertilité des sols. Les producteurs agricoles voient leurs rendements diminuer alors que les besoins alimentaires ne cessent de croître. «Continuer sur cette voie mettrait inévitablement en péril notre sécurité alimentaire », prévient l'universitaire.

Face à ces défis, la Gestion Durable des Terres offre des solutions éprouvées. L'agriculture de conservation, fondée sur un travail réduit du sol, une couverture végétale permanente et la rotation des cultures, permet de restaurer progressivement la fertilité des terres tout en améliorant leur résilience face aux aléas climatiques.

Le recours au paillage, aux légumineuses telles que le mucuna ou le pois d'Angole (Cajanus cajan), aux associations culturales, à l'agroforesterie ou encore aux techniques de conservation des eaux et des sols, comme les demi-lunes, les cordons antiérosifs et le Zaï, figure parmi les pratiques capables de redonner vie aux sols les plus dégradés. Au-delà des innovations techniques, le spécialiste appelle à une transformation profonde des politiques publiques. La protection des terres doit être pleinement intégrée aux stratégies nationales de développement, tandis que les communes sont invitées à inscrire les risques climatiques dans leurs plans de développement locaux.

Le foncier constitue également un levier majeur. Une meilleure sécurisation des terres agricoles favoriserait les investissements de long terme, notamment les plantations d'arbres et les aménagements de conservation des sols. «Un producteur n'investira pas dans un terrain s'il n'est pas certain de pouvoir en bénéficier durablement », rappelle-t-il.

Le financement reste un autre défi. Le développement de la finance verte, la mobilisation des ressources du Fonds vert pour le climat, du Fonds national pour l'environnement ainsi que les opportunités offertes par les marchés du carbone constituent autant de mécanismes susceptibles d'accompagner les producteurs dans cette transition écologique.

Enfin, la réussite de cette mutation dépendra aussi de l'engagement des citoyens. Reboiser, préserver les arbres existants, éviter les feux de végétation, maintenir une couverture végétale des sols et adopter des pratiques agricoles respectueuses des écosystèmes sont autant de gestes qui, multipliés à grande échelle, peuvent inverser la tendance. Le message du Dr Emile Padonou est sans équivoque : la restauration des terres n'est plus un simple enjeu agricole ; elle constitue un impératif économique, social et climatique. En conciliant gestion durable des terres, adaptation aux changements climatiques, sécurisation foncière, innovation et gouvernance responsable, le Bénin peut bâtir un modèle de développement plus résilient. Préserver les sols aujourd'hui, c'est garantir la sécurité alimentaire, protéger la biodiversité et assurer aux générations futures un patrimoine naturel capable de soutenir durablement le développement du pays.


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