AFRIQUE : Les crises environnementales font émerger une urgence silencieuse pour la santé mentale

Les effets du changement climatique en Afrique ne se limitent plus aux dégâts matériels et aux pertes économiques. Inondations, sécheresses, déplacements forcés et insécurité alimentaire fragilisent également la santé mentale des populations. Réunis à Lomé, des responsables de la santé et des experts de plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest et du Centre appellent à intégrer cette dimension dans les politiques climatiques et sanitaires afin de renforcer la résilience des communautés.

Communication sur la santé mentale Légende : Communication sur la santé mentale

Le changement climatique exerce une pression grandissante sur le bien-être des populations africaines. Si ses conséquences sont souvent mesurées à travers les destructions d'infrastructures, les pertes agricoles ou les catastrophes naturelles, un autre impact, plus discret mais tout aussi préoccupant, gagne du terrain : la détérioration de la santé mentale. Stress chronique, anxiété, dépression, traumatismes liés aux catastrophes et perte de repères deviennent des réalités de plus en plus fréquentes dans les communautés exposées aux crises environnementales.

Face à cette situation, des responsables des programmes nationaux de santé mentale, des spécialistes et des partenaires techniques issus de plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest et du Centre se sont réunis à Lomé, au Togo, du 15 au 18 juin. Cette rencontre régionale, organisée en prélude au 7ᵉ Sommet ministériel mondial sur la santé mentale prévu au Rwanda en 2027, avait pour objectif d'accélérer les réponses face à une problématique encore insuffisamment intégrée dans les politiques publiques.

À l'ouverture des travaux, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a rappelé que la santé mentale constitue un droit fondamental et un pilier essentiel du développement durable. Pour l'organisation, le bien-être psychologique ne se résume pas à l'absence de maladie : il conditionne la capacité des individus à faire face aux difficultés de la vie, à participer pleinement au développement économique et social et à renforcer la cohésion des communautés.

Les dérèglements climatiques aggravent les risques psychosociaux

Selon les données présentées par l'OMS, près de 150 millions de personnes vivent avec des troubles mentaux, neurologiques ou liés à l'usage de substances psychoactives dans la région africaine, qui enregistre par ailleurs le taux de suicide le plus élevé au monde.

Au-delà des facteurs économiques et sociaux traditionnellement associés à ces troubles, les pressions environnementales apparaissent désormais comme un facteur aggravant majeur. Les inondations récurrentes, les sécheresses prolongées, la désertification, la dégradation des terres, les déplacements de populations, la disparition des moyens de subsistance ou encore l'insécurité alimentaire provoquent une détresse psychologique croissante dans de nombreuses régions du continent.

Les populations rurales figurent parmi les plus exposées. Les agriculteurs confrontés à l'irrégularité des saisons, les pêcheurs affectés par la dégradation des ressources naturelles, mais aussi les femmes, les enfants et les personnes déplacées subissent de plein fouet les conséquences psychologiques des crises climatiques. L'incertitude permanente, la perte des récoltes, la destruction des habitations ou l'effondrement des revenus alimentent un sentiment d'impuissance, de peur et d'anxiété susceptible d'affecter durablement leur qualité de vie.

Pour les experts réunis à Lomé, ces facteurs doivent désormais être pleinement intégrés dans les stratégies nationales de prévention, de promotion et de prise en charge de la santé mentale.

Des systèmes de santé encore peu préparés

Malgré l'ampleur des besoins, les services de santé mentale demeurent insuffisamment développés dans une grande partie des pays africains.

Le rapport régional de suivi présenté en 2025 révèle que seuls 15 % des pays avaient intégré la santé mentale dans les soins de santé primaires. Plus préoccupant encore, seulement 34 % disposent d'un budget spécifiquement consacré à ce secteur.

Pour l'OMS, le renforcement des soins de santé primaires représente l'une des solutions les plus efficaces pour rapprocher les services des populations, notamment celles vivant dans les zones fortement exposées aux catastrophes climatiques. Une meilleure accessibilité des soins permettrait d'identifier plus rapidement les troubles psychologiques et d'offrir un accompagnement adapté aux personnes touchées.

Le Togo met en avant son expérience

En tant que pays hôte, le Togo a présenté les avancées réalisées dans la mise en œuvre de son Plan stratégique de santé mentale 2024-2027, élaboré en cohérence avec les orientations de l'OMS.

Cette stratégie vise notamment à renforcer la gouvernance du secteur, améliorer l'accès aux soins spécialisés, développer les actions de prévention et intégrer davantage la santé mentale dans les services de santé de proximité.

L'OMS a également salué la création récente d'un groupe technique consacré à la santé mentale et au soutien psychosocial, considéré comme un levier important pour améliorer la coordination des interventions et renforcer la réponse aux besoins des populations.

Durant quatre jours, les participants ont évalué les progrès accomplis, identifié les principaux défis et formulé des recommandations destinées à orienter les politiques nationales et régionales à l'horizon 2030, notamment en matière de financement et de renforcement des capacités.

Faire de la santé mentale un pilier de l'adaptation climatique

Les échanges ont mis en évidence la nécessité de rapprocher les politiques de santé publique des stratégies d'adaptation au changement climatique. Pour les participants, les réponses aux crises environnementales ne peuvent plus se limiter aux seules infrastructures ou aux mesures d'urgence. Elles doivent également intégrer la prise en charge des conséquences psychologiques provoquées par les catastrophes naturelles, les déplacements forcés, la perte des ressources naturelles et l'insécurité alimentaire.

À mesure que les événements climatiques extrêmes gagnent en fréquence et en intensité sur le continent, la santé mentale apparaît comme un enjeu majeur de résilience. La rencontre de Lomé marque ainsi une étape importante vers une approche plus globale du développement durable, où la protection du bien-être psychologique est reconnue comme un élément essentiel de l'adaptation climatique et de la capacité des communautés africaines à faire face aux défis environnementaux.


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