L'Observatoire du Commerce, de l'Industrie et des Services (OCIS) de la Chambre de Commerce et d'Industrie du Bénin (CCIB), en partenariat avec le Projet d'Appui au Développement du Maraîchage au Bénin (PADMAR), a organisé, ce mardi 28 juillet 2026, à l'hôtel Azalaï de Cotonou et en ligne, un débat économique consacré au thème : « Développer la culture maraîchère sous serre au Bénin : opportunités, défis et perspectives pour une agriculture moderne ». Cette rencontre hybride a réuni des représentants d'institutions publiques, de la recherche, des partenaires techniques, des organisations de producteurs et du secteur privé afin d'identifier les conditions nécessaires à l'essor de cette technologie au service de la modernisation de l'agriculture béninoise.
Légende : Photo de famille @DSG média
L'agriculture demeure l'un des principaux piliers de l'économie béninoise. Elle contribue entre 24 et 27 % du Produit intérieur brut (PIB), emploie près de 70 % de la population active et représente environ 72 % des recettes d'exportation. Parmi les filières prioritaires retenues par le Gouvernement, le maraîchage occupe une place stratégique en raison de son rôle dans la sécurité alimentaire, la nutrition, la création d'emplois et la génération de revenus. Malgré ce potentiel, la production maraîchère fait face à de nombreuses contraintes : insuffisance des systèmes d'irrigation, coûts élevés des intrants, difficultés de stockage, pression des ravageurs et forte dépendance aux aléas climatiques. Dans ce contexte, la culture sous serre apparaît comme une solution innovante capable de produire toute l'année, d'améliorer les rendements et d'offrir des produits de meilleure qualité répondant aux exigences des marchés. C'est autour de ces enjeux que la CCIB et le PADMAR ont réuni les différents acteurs de la chaîne de valeur afin d'engager une réflexion collective sur les opportunités économiques qu'offre cette technologie et les conditions de son déploiement à grande échelle.
À l'ouverture des travaux, le Représentant de la Chambre de Commerce et d'Industrie du Bénin a rappelé que cette initiative s'inscrit pleinement dans la mission de l'institution, qui consiste à accompagner les opérateurs économiques, promouvoir les investissements et favoriser le développement des entreprises. Pour la CCIB, la culture sous serre représente aujourd'hui une réponse crédible aux défis du changement climatique tout en offrant de nouvelles perspectives de création de richesses et d'emplois. L'institution entend ainsi transformer les réflexions issues de cette rencontre en actions concrètes grâce à l'élaboration d'une feuille de route.
Les échanges ont ensuite permis de mettre en lumière les acquis du Projet d'Appui au Développement du Maraîchage au Bénin. Selon les responsables du PADMAR, les expérimentations menées depuis plusieurs années avec des producteurs pionniers ont démontré la pertinence de cette technologie. Les résultats obtenus en matière de productivité, de qualité des récoltes et de rentabilité encouragent désormais le passage à une phase de mise à l'échelle, avec l'installation de serres de plus grande capacité pour répondre durablement à la demande du marché. Les producteurs, représentés par la Fédération nationale des organisations de maraîchers du Bénin (FENOMA), ont également partagé leurs expériences de terrain. Ils ont souligné que les cultures sous serre permettent d'obtenir des rendements largement supérieurs à ceux enregistrés en plein champ, tout en limitant les pertes liées aux maladies et aux aléas climatiques. Cette technologie offre ainsi une meilleure maîtrise de la production et favorise un approvisionnement régulier des marchés en légumes de qualité.
Toutefois, les intervenants ont unanimement reconnu que plusieurs défis restent à relever avant une adoption massive de la culture sous serre. La formation technique des producteurs constitue une priorité afin de garantir une bonne maîtrise des itinéraires techniques. À cela s'ajoutent les besoins en investissements initiaux, encore difficiles d'accès pour de nombreux jeunes entrepreneurs, ainsi que la disponibilité des intrants spécifiques, notamment les substrats, les fertilisants adaptés, les semences performantes et les produits phytosanitaires répondant aux exigences de cette technologie. Les experts ont également insisté sur la nécessité de développer des modèles de serres adaptés aux réalités climatiques du Bénin. Selon Rufin Hervé LISSANON, Consultant Représentant la CCIB, l'importation de modèles conçus pour d'autres contextes climatiques pourrait limiter les performances de cette technologie. D'où l'importance de renforcer la recherche afin de concevoir des infrastructures répondant aux conditions agroclimatiques nationales.
Pour sa part, l'Agence Territoriale de Développement Agricole (ATDA Pôle 7) a réaffirmé son engagement à accompagner les producteurs à travers l'accès aux technologies, aux financements et aux services d'encadrement. De son côté, l'Institut National des Recherches Agricoles du Bénin (INRAB) poursuit ses travaux sur les variétés adaptées et les solutions de protection biologique permettant de réduire l'utilisation des pesticides tout en améliorant les performances des cultures sous serre. Au terme des échanges, le Coordonnateur de l'OCIS, Hyppolyte Dodji KOUKOU, a annoncé que les recommandations formulées au cours de ce débat serviront de base à une feuille de route concertée. Celle-ci portera notamment sur la facilitation de l'accès aux financements, la professionnalisation des producteurs, le renforcement de la formation, la disponibilité des intrants spécialisés, la promotion de serres adaptées aux réalités nationales ainsi que le développement de partenariats entre les différents acteurs. Au-delà des constats, cette conférence-débat aura surtout permis de créer un cadre de dialogue entre les institutions publiques, la recherche, les partenaires techniques, les producteurs et le secteur privé. Une dynamique qui traduit la volonté commune de faire de la culture maraîchère sous serre un levier de transformation agricole, capable de renforcer la sécurité alimentaire, de stimuler l'entrepreneuriat rural et d'accroître la compétitivité du secteur agricole béninois.