Face aux défis persistants de l'accès à l'électricité dans les zones rurales, l'Éthiopie renforce sa stratégie de transition énergétique en investissant dans les mini-réseaux renouvelables. Soutenu par un financement de 2 millions de dollars du Fonds pour l'énergie durable en Afrique (SEFA), ce nouveau projet ambitionne d'améliorer l'accès à l'électricité tout en stimulant la production agricole grâce à des infrastructures énergétiques décentralisées.
Légende : Panneau solaire
Malgré les progrès réalisés ces dernières années dans le développement de ses capacités de production électrique, l'Éthiopie continue de faire face à un important déficit d'accès à l'énergie, notamment dans les zones rurales. Pour répondre à ce défi, le Fonds pour l'énergie durable en Afrique (SEFA), administré par la Banque africaine de développement (BAD), a approuvé un financement de 2 millions de dollars en faveur de RVE.SOL ETH Energy Generation Solutions. Cette enveloppe permettra de développer deux mini-réseaux renouvelables dans les localités de Lelicho et Murche, avec pour objectif d'alimenter les populations locales en électricité et de soutenir les activités agricoles.
Les nouvelles infrastructures s'inscrivent dans le cadre du programme Distributed Renewable Energy and Agriculture Modalities (DREAM), qui repose sur une approche innovante associant énergie renouvelable et développement agricole. L'idée est de faire de l'agriculture un moteur de la demande énergétique en alimentant notamment les systèmes d'irrigation. Ce modèle permet de garantir une consommation régulière d'électricité, améliorant ainsi la rentabilité économique des mini-réseaux tout en renforçant la productivité des exploitations agricoles.
Cette initiative intervient dans un contexte où l'accès universel à l'électricité demeure un défi majeur pour le pays. Selon le National Energy Compact for Ethiopia, si le réseau national couvre désormais la majorité des centres administratifs, les populations vivant dans les régions rurales et les zones émergentes restent encore largement sous-desservies. D'après les données de la Banque mondiale, près de 60 millions d'Éthiopiens étaient encore privés d'électricité en 2025, illustrant l'ampleur des investissements nécessaires pour combler ce déficit.
Pour relever ce défi, les solutions énergétiques décentralisées gagnent en importance. L'Agence internationale de l'énergie (AIE) considère les mini-réseaux et les systèmes solaires autonomes comme les options les plus adaptées pour électrifier les communautés isolées ou faiblement peuplées, où l'extension du réseau national demeure coûteuse et techniquement complexe. Dans son scénario d'accès universel à l'électricité en Afrique d'ici 2035, l'organisation estime que ces solutions assureront environ 55 % des nouvelles connexions électriques, tandis que le reste proviendra de l'extension des réseaux conventionnels.
Au-delà de l'amélioration de l'accès à l'énergie, ce projet illustre une vision plus intégrée du développement rural. En combinant électrification, agriculture et résilience économique, l'Éthiopie cherche à créer des conditions favorables à l'amélioration des revenus des populations, à la sécurité alimentaire et à la réduction de la pauvreté. Cette stratégie pourrait également servir de référence pour d'autres pays africains confrontés aux mêmes défis d'électrification.
Alors que le continent poursuit sa transition vers des systèmes énergétiques plus durables, les mini-réseaux renouvelables s'imposent progressivement comme un levier incontournable pour accélérer l'accès à une énergie propre, fiable et abordable. L'expérience éthiopienne démontre ainsi que les solutions décentralisées peuvent jouer un rôle déterminant dans la réduction des inégalités énergétiques tout en soutenant le développement économique des territoires ruraux.