Longtemps perçus comme une nuisance à évacuer, les déchets représentent aussi une importante source de matières premières, d’emplois et de revenus. Les experts réunis lors du webinaire organisé par le Réseau International Energie Environnement (RIME), appellent les États africains à mieux organiser leur gestion, à renforcer le tri et surtout à développer les filières de recyclage et de valorisation.
Légende : Ordures
« Déchets en Afrique : problème environnemental ou économie à construire ? », c’est le thème qui a fait l’objet du 5e webinaire du RIME, le mercredi 23 septembre 2026. En effet, le problème des déchets ne se résume plus à leur accumulation dans les rues, les caniveaux ou les décharges en Afrique. Derrière les tonnes d’ordures produites chaque jour se trouve également une ressource encore largement sous-exploitée. Selon les échanges tenus lors de ce webinaire, une grande partie des déchets africains est constituée de matières biodégradables pouvant être transformées en compost, en fertilisants ou encore en biogaz. Pour Junior Tshiteya, expert intervenant au cours de la rencontre, « les déchets sont une énorme matière première » et l’Afrique gaspille ainsi une ressource qui pourrait contribuer à son développement.
Des déchets qui peuvent créer de la valeur
Le constat est clair : le principal défi n’est pas seulement la quantité de déchets produite, mais leur gestion. Les déchets organiques issus des ménages, des marchés ou de l’agriculture peuvent notamment servir à améliorer les sols et soutenir la production agricole. Des résidus comme les troncs de bananier, les déchets de légumes ou encore les cendres de bois peuvent être valorisés dans la production de compost et d’amendements agricoles.
Cette transformation peut également ouvrir des perspectives économiques pour les jeunes et les personnes sans emploi. À petite échelle, le compostage et la valorisation des déchets peuvent devenir des activités génératrices de revenus. M. Moutahirou, intervenant au webinaire, va plus loin en établissant un lien direct entre déchets, agriculture et lutte contre la pauvreté. Fort de son expérience personnelle, il explique produire des légumes à partir de déchets biodégradables et affirme qu’« on peut régler le problème de pauvreté avec une bonne gestion des déchets biodégradables ». Il cite notamment les troncs de bananier et les résidus agricoles comme des matières pouvant servir à produire du compost et du biogaz.
À une échelle plus importante, les filières industrielles de recyclage peuvent également créer des emplois tout en réduisant les volumes de déchets destinés à l’enfouissement. Pour Junior Tshiteya, le véritable problème n’est donc pas la quantité de déchets produits, mais leur mauvaise gestion. « Le problème n’est pas lié aux déchets ménagers ou assimilés, [...] mais à leur gestion », souligne-t-il, estimant que les déchets représentent plusieurs ressources encore inutilisées.
Le recyclage gagne du terrain
Plusieurs initiatives existent déjà sur le continent. En République démocratique du Congo, notamment à Kinshasa, des entreprises et des unités industrielles travaillent sur le recyclage des plastiques et d’autres matériaux. D’autres initiatives sont également signalées en Zambie et en Afrique du Sud. À Fungurume, une unité de recyclage du plastique est également annoncée.
Au Bénin comme dans d’autres pays africains, le développement de telles activités pourrait contribuer à structurer progressivement une économie circulaire. L’objectif serait de récupérer les matériaux avant leur rejet dans la nature, de les trier puis de les orienter vers les filières adaptées. Pour les experts, cette démarche nécessite toutefois de mieux connaître les différentes catégories de déchets et les possibilités de leur valorisation.
La gouvernance reste le principal défi
Toutefois, la valorisation des déchets ne peut pas reposer uniquement sur les initiatives individuelles. Les intervenants soulignent l’importance du rôle des collectivités et des pouvoirs publics dans l’organisation du secteur. La collecte, le tri, le traitement et le recyclage nécessitent des infrastructures, des règles claires et des mécanismes de financement.
Sur ce point, M. Moutahirou rappelle que la connaissance constitue le préalable à toute stratégie efficace : « Quel est le type de déchets que nous avons ? Comment on les valorise ? Et pour quel usage on les valorise ? » Selon lui, une meilleure connaissance des déchets permettrait ensuite de rechercher les financements adaptés et de développer les filières correspondantes. Il insiste également sur le rôle des collectivités, estimant qu’« aucun individu ne peut régler le problème de déchets dans une ville » et que la municipalité doit prendre en charge l’organisation de cette gestion.
Le tri à la source constitue également une étape déterminante. Dans les ménages, séparer les déchets organiques, plastiques, dangereux et autres catégories permettrait de faciliter leur traitement et leur valorisation. Cette démarche doit être accompagnée par une sensibilisation permanente des populations.
L’éducation, un levier essentiel
Les experts insistent ainsi sur la nécessité d’intégrer la gestion des déchets dans l’éducation de base. L’apprentissage du tri et la compréhension des risques liés à la mauvaise gestion des déchets pourraient commencer dès l’école primaire et être renforcés par des campagnes de sensibilisation auprès des communautés. Cette éducation doit permettre aux populations de mieux comprendre que ce qui est considéré comme une ordure peut parfois constituer une matière première.
L’enjeu dépasse d’ailleurs les seuls déchets ménagers. Les déchets industriels, dangereux et gazeux nécessitent des dispositifs spécifiques. Les déchets issus de certaines activités minières ou nucléaires, par exemple, exigent une expertise particulière, des mesures de prévention et des opérations de traitement ou de réhabilitation des sites contaminés.
Une opportunité pour l’Afrique
Au-delà de la question environnementale, la gestion des déchets apparaît donc comme un enjeu économique et social. Les solutions peuvent être communautaires, entrepreneuriales ou industrielles, selon les volumes et les ressources disponibles. Les sites d’enfouissement, lorsqu’ils sont nécessaires, doivent eux aussi être contrôlés et intégrés dans une stratégie globale de gestion. La valorisation du biogaz issu de certains déchets peut notamment contribuer à la production d’électricité et de chaleur.
Au terme du webinaire, Junior Tshiteya résume l’enjeu en affirmant que « les déchets sont une énorme ressource, énorme richesse ». Il appelle également à renforcer la diffusion des connaissances auprès des populations et rappelle le rôle des médias dans cette sensibilisation.
De son côté, M. Moutahirou insiste sur la nécessité d’une prise de conscience des pouvoirs publics et d’une meilleure organisation du secteur. Pour lui, la valorisation des déchets peut contribuer à « gagner beaucoup d’argent et mettre les jeunes au travail », à condition que les collectivités et les gouvernants structurent véritablement la filière.
Ainsi, le message central du webinaire est que l’Afrique dispose, à travers ses déchets, d’une ressource encore largement sous-exploitée. Une meilleure gouvernance, le tri, la sensibilisation et le développement des filières de valorisation pourraient transformer un problème environnemental en opportunité économique, agricole et sociale.