CHARBON DE BOIS : Quand la pression sur les forêts fait grimper les prix

La hausse du prix du charbon de bois observée à Cotonou et dans plusieurs localités du Bénin met en lumière les tensions qui traversent la filière bois-énergie. Entre renforcement des contrôles forestiers, raréfaction de la ressource et dépendance des ménages à ce combustible, l’État est confronté à un double défi : préserver les forêts tout en rendant accessibles des alternatives énergétiques aux populations.

Charbon de bois Légende : Charbon de bois

À Cotonou et dans les environs, le charbon de bois coûte désormais nettement plus cher. Sur certains circuits d’approvisionnement, le prix d’un sac est passé d’environ 6 500 à 11 000 FCFA, tandis que le petit sachet vendu autour de 250 FCFA atteint parfois 500 FCFA. Une évolution qui intervient alors que les contrôles sur l’exploitation et le transport du bois-énergie se renforcent.

Sur le terrain, des producteurs évoquent notamment des contrôles plus fréquents des agents forestiers, des restrictions concernant certaines essences recherchées pour la fabrication du charbon ainsi que la saisie d’équipements utilisés en situation d’infraction. Le transport du bois-énergie est également encadré par des règles, des titres de transport et des quotas destinés à limiter la surexploitation des ressources forestières.

Dès lors, la hausse des prix ne semble pas seulement relever des mécanismes commerciaux habituels. La réduction de la quantité de bois accessible, l’augmentation des contraintes réglementaires et les coûts liés à l’acheminement de la ressource se répercutent progressivement sur l’ensemble de la chaîne, jusqu’au consommateur final.

Une ressource forestière sous pression

Derrière cette évolution se trouve une problématique environnementale plus large. Selon des données rapportées en mars 2025 par le quotidien La Nation, le lieutenant-colonel Emmanuel Gbédji, alors directeur de la Biomasse-énergie et de la Valorisation des ressources forestières à la Direction générale des Eaux, Forêts et Chasse, indiquait que les formations forestières naturelles du Bénin avaient perdu 4 748,40 km² entre 2015 et 2022, soit environ 8 % de leur superficie initiale.

Les taux annuels de déforestation et de dégradation étaient alors estimés respectivement à 1,51 % et 1,64 %. Ces chiffres ne peuvent toutefois pas être attribués au seul charbon de bois. L’agriculture, l’urbanisation, les infrastructures et d’autres formes d’exploitation des ressources naturelles participent également à la transformation des espaces forestiers.

Cependant, la demande en bois-énergie ajoute une pression supplémentaire sur une ressource limitée. Le processus est relativement simple : le bois est prélevé, transformé en charbon, transporté puis vendu aux consommateurs. Lorsque les prélèvements augmentent plus rapidement que la capacité de renouvellement des ressources, les producteurs doivent rechercher le bois plus loin. Les distances s’allongent, les coûts augmentent et la pression sur les espaces forestiers s’accentue.

Cette activité reste pourtant une source de revenus pour de nombreuses personnes et constitue une solution énergétique pour une partie importante des ménages. C’est précisément ce qui rend la situation complexe pour les pouvoirs publics. Protéger les forêts ne peut se faire sans tenir compte des besoins énergétiques et économiques des populations qui dépendent encore du charbon.

Sortir progressivement de la dépendance au charbon

Dans ce contexte, le renforcement des contrôles forestiers ne peut constituer à lui seul une réponse durable. La réduction de la pression sur les forêts suppose également d’élargir l’accès à des solutions énergétiques alternatives et financièrement accessibles.

Le gaz domestique, l’électricité, le biogaz ou encore les foyers améliorés figurent parmi les solutions susceptibles de réduire progressivement la dépendance au bois-énergie. Toutefois, le passage d’un combustible à un autre ne dépend pas uniquement de sa disponibilité. Pour les ménages à revenus modestes, le coût du matériel, celui du combustible et la proximité des points de distribution jouent un rôle déterminant.

Ainsi, encourager la substitution du charbon nécessite d’agir sur toute la chaîne énergétique. Il s’agit notamment d’améliorer l’approvisionnement en gaz, de multiplier les points de vente, de faciliter l’acquisition des équipements et de maintenir des conditions de prix compatibles avec les capacités des ménages.

La question est d’autant plus importante que le charbon demeure fortement utilisé précisément parce qu’il est longtemps resté une solution relativement accessible et disponible. Si les alternatives sont plus coûteuses ou difficiles à obtenir, les restrictions sur le bois-énergie risquent surtout de se traduire par une augmentation de la facture des ménages sans provoquer immédiatement un changement durable des habitudes.

La transition énergétique comme réponse de fond

À terme, l’enjeu dépasse donc la seule flambée actuelle du prix du charbon. Il s’agit pour le Bénin de faire évoluer progressivement son modèle de consommation énergétique domestique afin de réduire la pression exercée sur les ressources forestières sans fragiliser les ménages ni les acteurs économiques de la filière.

Cette transition suppose un équilibre entre protection des écosystèmes, accès à l’énergie et maintien des activités économiques. Par ailleurs, elle devra s’appuyer sur des solutions suffisamment disponibles et abordables pour permettre aux consommateurs de modifier progressivement leurs pratiques.

La hausse actuelle du prix du charbon apparaît ainsi comme un révélateur d’une tension plus profonde : celle d’une demande énergétique encore importante face à une ressource forestière de plus en plus surveillée et sollicitée. Pour tourner durablement la page de la pression sur les forêts, l’enjeu sera donc moins de supprimer brutalement le charbon que de créer les conditions permettant aux ménages de s’en détourner progressivement au profit de solutions énergétiques plus durables.


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