Les portes de la 4ᵉ édition du Forum International du Cadre de Vie (FIC 2026) se sont ouvertes ce jeudi 8 octobre au Sofitel de Cotonou, pour trois jours de réflexions et d’échanges autour de l’avenir des villes et des territoires africains. Réunis autour des enjeux d’urbanisme, d’habitat, de gouvernance, d’énergie et de transition écologique, décideurs publics, experts, architectes, industriels et investisseurs ont défendu une même nécessité : repenser les modèles de développement à partir des réalités africaines et intégrer les impératifs climatiques au cœur des décisions.
Légende : Vue partielle des Officiels DSG média
Dès les premières interventions, le ton est donné. L’Afrique ne peut plus se contenter de reproduire des modèles conçus sous d’autres latitudes et pour d’autres réalités climatiques. Les participants appellent à « habiter l’Afrique autrement », en privilégiant des constructions adaptées au climat, aux ressources disponibles et aux besoins des populations.
Au cours du panel inaugural réunissant des membres du gouvernement, la question climatique est sortie du seul champ environnemental. Nounagnon Aristide Djidjoho, Secrétaire général de la Présidence de la République, a notamment insisté sur la nécessité d’une gouvernance orientée vers les résultats, tandis que les échanges ont souligné l’importance d’une meilleure coordination entre les différentes structures publiques. Pour les participants, la prise en compte du climat ne doit surtout pas intervenir à la fin d’un projet, au moment de rechercher une conformité. Elle doit être intégrée dès sa conception : choix des matériaux, implantation des ouvrages, consommation énergétique, adaptation aux conditions locales et durabilité des infrastructures.
Cette approche rejoint les orientations défendues par Georges Alè, Ministre du Cadre de Vie et des Transports, chargé du Développement durable, autour d’un cadre de vie capable de répondre simultanément aux besoins des populations, aux impératifs économiques et aux défis environnementaux.
Des territoires à valoriser plutôt qu’un développement concentré
Les échanges ont également placé la territorialisation au cœur des réflexions. Avec Janvier Yahouédéou, Ministre de la Décentralisation et de la Gouvernance locale, la question du développement équilibré des communes s’est imposée comme un levier majeur. Chaque territoire dispose de potentialités particulières, qu’elles soient agricoles, industrielles, touristiques ou culturelles. L’enjeu est donc de mieux les identifier, de structurer des projets capables d’attirer les investissements et de créer des emplois, tout en permettant aux entreprises locales de prendre une place plus importante dans les chaînes de valeur. Olushegun Adjadi Bakari, Ministre du Tourisme et du Commerce extérieur, chargé de l’Industrie et de la Promotion de l’investissement privé, a également inscrit cette dynamique dans une logique d’attractivité économique et de développement des territoires. L’ambition affichée est ainsi de faire du développement territorial un véritable outil de création de richesse, sans limiter les investissements et les infrastructures aux principaux centres urbains.
L’entretien inaugural avec l’Architecte Francis Kéré a donné une dimension concrète à cette réflexion. Défenseur d’une architecture adaptée aux réalités locales, il a appelé à sortir de la reproduction systématique des modèles occidentaux, souvent fortement dépendants de la climatisation et de matériaux à forte empreinte environnementale. Pour l’architecte, « construire mieux avec moins » commence par regarder ce que possède le territoire. La terre, le bois ou encore la pierre peuvent constituer des alternatives pertinentes, à condition d’en améliorer les techniques d’utilisation et d’en valoriser les qualités. La construction avec des matériaux locaux peut également contribuer à réduire les coûts et à créer une dynamique économique autour des ressources et des compétences locales. Mais elle suppose aussi d’impliquer les communautés. Il ne s’agit plus seulement de construire pour les populations, mais de construire avec elles, en intégrant leurs savoirs, leurs besoins et leurs capacités. Francis Kéré a par ailleurs insisté sur un autre enjeu : l’esthétique. Les matériaux locaux ne doivent pas être associés à une architecture rudimentaire. Ils peuvent, selon lui, donner naissance à des bâtiments à la fois fonctionnels, adaptés au climat et esthétiques.
De l’ambition climatique à l’action
Les différentes discussions du FIC 2026 prolongent cette réflexion à travers plusieurs panels consacrés au coût de la construction durable, au logement décent, aux matériaux bas-carbone, à la transition énergétique, à la mobilité urbaine, aux déchets, aux inondations, au financement de la transition écologique et à la compétitivité des territoires. Un fil conducteur se dégage : les ambitions doivent désormais se traduire en décisions, en normes, en investissements et en réalisations mesurables.
Le Forum appelle ainsi à concevoir des bâtiments adaptés au climat local, à considérer leur coût réel sur l’ensemble de leur durée de vie et à intégrer des exigences environnementales contrôlables dans les projets. À travers ces échanges, le FIC 2026 pose donc une orientation claire : l’avenir du cadre de vie africain ne se construira ni par la simple imitation de modèles importés, ni par des réponses isolées. Il devra s’appuyer sur les ressources des territoires, les compétences locales, l’innovation, la participation des communautés et une gouvernance capable de transformer les ambitions en actions durables.