Face à la hausse du coût des engrais et aux perturbations de l’approvisionnement, le Centre international de développement des engrais (IFDC) préconise une meilleure gestion des nutriments et la restauration de la fertilité des sols. Des solutions qui pourraient contribuer à préserver les rendements agricoles, réduire les coûts de production et renforcer la sécurité alimentaire sur le continent.
Légende : IFDC
La pénurie d’engrais constitue un défi majeur pour les producteurs agricoles africains. Entre la hausse des prix des intrants, les difficultés d’approvisionnement et la dégradation des sols, le maintien de la productivité agricole devient une préoccupation croissante. Face à cette situation, le Centre international de développement des engrais (IFDC) propose de repenser les pratiques de fertilisation afin de mieux valoriser les nutriments disponibles et de renforcer la résilience des systèmes alimentaires.
Dans une note de réflexion publiée le 13 octobre 2026 à Muscle Shoals, aux États-Unis, l’organisation présente des solutions pratiques fondées sur la recherche scientifique. Intitulée « De la pénurie à la résilience : repenser l’utilisation des nutriments pour les systèmes alimentaires africains », cette publication soutient que le manque d’engrais ne doit pas nécessairement se traduire par une baisse des rendements ou une aggravation de l’insécurité alimentaire.
Mieux utiliser les nutriments disponibles
Pour l’IFDC, l’enjeu ne consiste pas uniquement à améliorer l’accès aux engrais, mais également à optimiser leur utilisation. L’organisation recommande notamment une fertilisation équilibrée, prenant en compte les besoins des cultures en azote, phosphore et potassium, mais aussi en nutriments secondaires et en micronutriments tels que le soufre, le zinc et le bore.
D’autres techniques sont également mises en avant, notamment le microdosage, le placement profond de l’urée, l’association des ressources minérales et organiques ainsi que l’utilisation de combinaisons organo-minérales. Ces approches visent à mieux répondre aux besoins des cultures, à limiter les pertes de nutriments et à réduire les coûts supportés par les producteurs.
La mobilisation des ressources nutritives disponibles localement figure aussi parmi les pistes proposées. Leur utilisation, lorsqu’elle est adaptée aux caractéristiques des sols et aux besoins des cultures, pourrait contribuer à améliorer la productivité agricole tout en limitant les pressions sur l’environnement.
La santé des sols au cœur de la résilience agricole
Au-delà des techniques de fertilisation, l’IFDC insiste sur l’importance de préserver et de restaurer la santé des sols. Des sols fertiles constituent un levier essentiel pour maintenir la production agricole, notamment dans un contexte marqué par les contraintes économiques et environnementales.
« Pour chaque contexte, il existe un ensemble optimal de pratiques de gestion permettant de préserver la sécurité alimentaire aussi efficacement que possible, même en situation de pénurie », souligne Luis Prochnow, scientifique principal chargé de la liaison à l’IFDC. Il estime que l’identification et la mise en œuvre de ces solutions nécessitent une agriculture fondée sur des données probantes.
Cette approche tiens compte des réalités locales, des caractéristiques des terres et des ressources accessibles aux producteurs. Il ne s’agit pas d’appliquer une solution unique à toutes les exploitations, mais de privilégier des pratiques adaptées aux différents systèmes de production.
L’innovation au service de la sécurité alimentaire
La stratégie 2026-2035 de l’IFDC, repose sur trois objectifs : l’innovation en matière d’engrais, l’amélioration de l’impact au bénéfice des producteurs agricoles et la transformation durable des systèmes. L’organisation entend notamment favoriser l’accès aux technologies éprouvées, renforcer les services de conseil agricole et soutenir le développement de marchés ainsi que de politiques publiques propices à une agriculture durable.
Pour Henk van Duijn, président-directeur général de l’IFDC, « l’avenir de la sécurité alimentaire dépendra autant de l’accès à des engrais abordables que de la capacité à utiliser efficacement l’ensemble des nutriments disponibles ». L’association de sols sains, de marchés fonctionnels et de solutions adaptées aux besoins des producteurs constitue, selon lui, « un moyen de renforcer durablement la résilience des systèmes alimentaires ».
Un enjeu majeur pour les systèmes agricoles africains
Dans un contexte où les producteurs doivent maintenir leurs activités malgré les contraintes liées aux intrants et à la dégradation des terres, l’amélioration de l’efficacité d’utilisation des nutriments apparaît comme une piste importante. Elle ne remplace pas la nécessité de rendre les engrais accessibles, mais peut contribuer à mieux exploiter les ressources disponibles.
La démarche défendue par l’IFDC met ainsi en évidence la nécessité de rapprocher recherche scientifique, innovation agricole, accompagnement des producteurs et politiques publiques. L’objectif est de concilier productivité, rentabilité et préservation des ressources naturelles, tout en consolidant les bases d’une sécurité alimentaire durable en Afrique.