URBANISATION ET RISQUES CLIMATIQUES AU BÉNIN : L’occupation des zones humides, un facteur aggravant des inondations

L’occupation anarchique des zones humides, des lits des cours d’eau et des dépressions fermées fragilise davantage les villes béninoises face aux inondations. Pour le professeur Placide Cledjo, directeur de l’École doctorale pluridisciplinaire Espace, Culture et Développement de l’Université d’Abomey-Calavi, la préservation de ces espaces naturels et la prise en compte des données topographiques dans les opérations de lotissement sont indispensables pour limiter les dégâts.

Zone humide Légende : Zone humide

Au Bénin, les inondations ne s’expliquent pas uniquement par l’intensification des pluies liée aux changements climatiques. L’occupation des espaces naturellement destinés à accueillir les eaux constitue également un facteur aggravant. Dans les villes en pleine expansion, les zones humides, les lits des cours d’eau et les dépressions fermées sont progressivement occupés par les populations, parfois sans une prise en compte suffisante de leurs caractéristiques naturelles. Une situation qui réduit les capacités d’absorption et de rétention des eaux pluviales, tout en exposant davantage les habitations et les infrastructures aux risques d’inondation.

Intervenant sur cette problématique, le professeur Placide Cledjo attire l’attention sur le rôle essentiel des zones humides dans la régulation du cycle de l’eau. « Regardez par exemple les zones humides, on les occupe, alors que les zones humides sont là pour réguler ces phénomènes-là », souligne-t-il. En effet, ces espaces naturels remplissent une fonction importante dans la gestion des eaux : lorsqu’il pleut abondamment, ils contribuent à recueillir et à retenir une partie de l’eau. En période de sécheresse, ils participent également à la restitution de cette eau dans l’environnement, notamment par évaporation.

Des espaces naturels progressivement fragilisés

Toutefois, cette fonction régulatrice est compromise lorsque les zones humides sont occupées de manière anarchique. En s’installant dans ces espaces, les populations réduisent les surfaces disponibles pour accueillir les eaux de pluie. Ainsi, lorsque surviennent des précipitations intenses, l’eau dispose de moins d’espace pour s’accumuler naturellement, ce qui augmente les risques d’inondation pour les habitations et les infrastructures situées dans ces secteurs.

Pour le professeur Placide Cledjo, cette pression sur les espaces naturels s’inscrit dans un contexte d’urbanisation et de transformation des territoires. Il relève que les zones humides sont perturbées par les occupations humaines, rendant plus difficile le recours à ces solutions naturelles face aux effets des changements climatiques. Dès lors, préserver ces espaces ne relève pas seulement de la protection de l’environnement, mais aussi d’une nécessité pour réduire la vulnérabilité des populations.

Les dépressions fermées, des zones à risque souvent négligées

Au-delà des zones humides et des lits des cours d’eau, les dépressions fermées constituent un autre point de vigilance. Ces espaces présentent une particularité topographique : les eaux de pluie s’y accumulent sans disposer d’une issue naturelle suffisante pour s’écouler. Lorsqu’ils sont occupés à des fins d’habitation, les risques deviennent particulièrement importants.

Le professeur Placide Cledjo illustre cette difficulté en évoquant le cas de certaines zones de Cotonou, où les dépressions fermées peuvent retenir durablement les eaux pluviales. « Dépression fermée, c’est que dès qu’il y a pluie, l’eau est recueillie là et ça n’a pas d’issue », explique-t-il. L’installation de populations dans ces espaces, sans aménagement adapté, peut ainsi les exposer à des stagnations prolongées des eaux et à des inondations récurrentes.

Cette situation met en évidence les limites d’un développement urbain qui ne tient pas suffisamment compte des particularités du relief. En effet, toutes les surfaces disponibles ne se prêtent pas automatiquement à la construction ou à l’habitation. Leur aptitude à accueillir des infrastructures doit être appréciée à partir de données techniques permettant d’identifier les zones d’accumulation des eaux, les voies naturelles d’écoulement et les espaces à préserver.

Repenser les lotissements à partir des données topographiques

Face à ces risques, le professeur Placide Cledjo insiste sur la nécessité de mieux encadrer les opérations de lotissement. Selon lui, l’aménagement du territoire doit commencer par une connaissance précise des caractéristiques physiques des espaces concernés. « Il faut respecter les assiettes, les lits, les cours d’eau dans le projet de lotissement », recommande-t-il.

Cette démarche suppose notamment de réaliser des études topographiques avant toute opération d’aménagement, afin de repérer les dépressions, les zones de rétention d’eau et les passages naturels des eaux pluviales. Ces données doivent ensuite orienter les décisions relatives à l’occupation des sols, à l’implantation des habitations et à la mise en place des infrastructures d’assainissement.

Le constat du professeur est également critique à l’égard de certaines pratiques d’urbanisation. « On ne doit pas lotir toute la surface », affirme-t-il, avant de déplorer une approche qui consiste à considérer le terrain comme une simple surface à découper pour y installer les populations. Une telle logique, lorsqu’elle néglige les contraintes naturelles, peut conduire à des aménagements inadaptés et à une aggravation des risques auxquels les habitants sont exposés.

Par ailleurs, l’expert relève un décalage entre l’installation des populations et l’organisation de l’espace. « Chez nous, c’est que la population s’installe d’abord avant qu’on ne commence le recasement », observe-t-il. Cette situation souligne l’importance d’une planification préalable, qui permette d’anticiper les risques plutôt que de rechercher des solutions après l’apparition des difficultés.

Une responsabilité partagée dans l’aménagement du territoire

La prévention des inondations liées à l’occupation des zones à risque implique donc une responsabilité importante des acteurs de l’aménagement du territoire. L’État, les collectivités territoriales et les professionnels chargés de la planification urbaine doivent veiller à ce que les décisions d’occupation des sols reposent sur des données techniques fiables et sur le respect des équilibres naturels. Les études topographiques, l’identification des zones non constructibles et la préservation des espaces de rétention d’eau doivent ainsi occuper une place centrale dans les projets d’urbanisation.

En outre, cette responsabilité concerne également les populations, appelées à mieux comprendre les risques liés à l’installation dans les zones humides, les lits des cours d’eau et les dépressions fermées. Cependant, la sensibilisation ne saurait suffire sans une politique d’aménagement cohérente et une application effective des règles d’occupation des sols.


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