SEMENCES PAYSANNES AU BÉNIN : Un levier pour la souveraineté alimentaire et la résilience climatique

Face aux changements climatiques et à la dépendance aux semences industrielles, les semences paysannes représentent une ressource stratégique pour l’agriculture béninoise. Selon Armand Avohou, agronome, leur valorisation contribuerait à renforcer l’autonomie des producteurs, à préserver la biodiversité et à protéger le patrimoine agricole national.

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Sélectionnées, reproduites et échangées par les agriculteurs au fil des générations, les semences paysannes occupent une place importante dans les systèmes agricoles traditionnels au Bénin. Issues des pratiques et des savoirs locaux, elles présentent une diversité génétique qui favorise leur adaptation aux conditions spécifiques des terroirs, notamment aux caractéristiques des sols et aux variations climatiques. Contrairement à certaines semences hybrides qui nécessitent le renouvellement des achats auprès des fournisseurs pour conserver leurs performances, les semences paysannes peuvent généralement être ressemées d’une campagne à l’autre. Cette particularité contribue à réduire la dépendance des producteurs aux intrants extérieurs et à renforcer leur autonomie.

Des semences locales adaptées aux réalités du terrain

Dans un contexte marqué par les sécheresses, les irrégularités des pluies et la dégradation des terres, cette diversité constitue un atout. Certaines variétés locales supportent mieux les conditions difficiles que d’autres. Les agriculteurs peuvent ainsi adapter leurs choix aux contraintes de chaque saison, tout en limitant les risques de pertes. L’expérience du village de Tora, dans le nord du Bénin, illustre cet intérêt. La remise en culture du niébé paysan, avec l’accompagnement de l’ONG ORAD, a contribué à améliorer l’autonomie alimentaire des familles. Dans le sud-ouest du pays, des producteurs, à l’instar d’Edmond Adjoglo, préservent également différentes variétés locales de niébé en privilégiant des pratiques agroécologiques. Au-delà de leur contribution à la production alimentaire, ces semences portent une dimension culturelle. Certaines variétés de maïs, d’igname et de niébé sont recherchées pour leurs qualités gustatives ou interviennent dans les préparations culinaires, les fêtes et les cérémonies traditionnelles. Leur disparition entraînerait donc aussi une perte de savoir-faire et de patrimoine.

Reconnaissance et conservation : des défis à relever

Malgré leurs atouts, les semences paysannes font face à plusieurs obstacles. La promotion des semences certifiées, les difficultés de conservation, le manque d’équipements adaptés et la fragilisation des connaissances traditionnelles compliquent leur maintien. Certaines variétés risquent ainsi de disparaître faute d’être suffisamment reproduites et transmises. Le cadre réglementaire constitue également un enjeu. Les règles semencières régionales accordent une place importante aux semences certifiées, tandis que les semences paysannes restent insuffisamment reconnues dans les circuits officiels. Les débats autour de la convention UPOV de 1991 alimentent par ailleurs les préoccupations des organisations paysannes concernant les droits des agriculteurs à conserver, échanger et vendre leurs semences.

Pour renforcer leur valorisation, plusieurs pistes méritent d’être explorées : la reconnaissance juridique des semences paysannes, la création de banques communautaires, le soutien aux foires semencières et la formation des jeunes agriculteurs à la sélection et à la conservation des variétés locales. La recherche et les organisations paysannes ont également un rôle à jouer dans la sélection participative et la sensibilisation. La valorisation économique constitue une autre perspective. Les foires semencières, notamment celle organisée à Grand-Popo en 2024 par le réseau Jinukun avec Eco-Bénin, favorisent les échanges entre producteurs et la promotion des variétés locales. Pour Armand Avohou, la préservation des semences paysannes représente ainsi un enjeu majeur pour l’avenir agricole du Bénin. Leur multiplication, leur transmission et leur reconnaissance pourraient contribuer à construire des systèmes alimentaires plus autonomes, diversifiés et résilients face aux changements climatiques.

 


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