Face aux défis croissants liés aux changements climatiques, à la dégradation des sols et à l’insécurité alimentaire, de nouvelles solutions émergent au Bénin pour concilier développement agricole et durabilité environnementale. Parmi elle, l’effluent issu du biodigesteur, souvent méconnu, se révèle être une ressource précieuse. Cet engrais liquide organique, produit lors du processus de digestion anaérobie des déchets organiques, représente une alternative écologique et économique aux intrants chimiques.
L’effluent du biodigesteur s’impose peu à peu comme un levier incontournable pour la fertilité des sols, la résilience climatique et le bien-être des communautés rurales.
Qu’est-ce que l’effluent du biodigesteur ?
Lorsque les biodigesteurs transforment les déchets organiques (fumiers, résidus de récolte, restes alimentaires) en biogaz, ils produisent parallèlement un résidu liquide appelé « effluent ». Loin d’être un simple déchet, cet effluent est une solution nutritive riche en azote, phosphore, potassium et oligo-éléments indispensables à la croissance des plantes. Sa composition équilibrée lui confère une double fonction : fertiliser les sols et améliorer leur structure, tout en renforçant la capacité de rétention d’eau.
Contrairement aux engrais chimiques qui peuvent appauvrir les sols à long terme, l’effluent régénère la matière organique, améliore la biodiversité microbienne et limite l’acidification des terres agricoles. « Il se distingue ainsi des engrais chimiques, souvent coûteux et nocifs pour l’environnement, en offrant une alternative locale, écologique et peu onéreuse », a expliqué Géoffroy Houngnile, Promoteur de la Société de Construction des Biodigesteurs et de Bâtiments et Travaux Publics (SCB-BTP Bénin).
Un atout majeur pour l’agriculture durable
L’agriculture béninoise, encore largement dépendante des pluies et des intrants coûteux, souffre des effets combinés de la variabilité climatique et de la dégradation des terres. Dans ce contexte, l’effluent du biodigesteur apparaît comme une réponse locale, accessible et durable.
- Amélioration des rendements : les paysans qui l’adoptent constatent une meilleure productivité des cultures vivrières telles que le maïs, le manioc ou encore les légumes.
- Réduction des charges financières : les producteurs n’ont plus besoin d’acheter régulièrement des engrais chimiques onéreux.
- Durabilité : en enrichissant les sols de manière organique, l’effluent assure une fertilité pérenne, bénéfique pour plusieurs campagnes agricoles successives.
Ainsi, cet engrais naturel favorise non seulement la sécurité alimentaire, mais aussi l’autonomie économique des communautés rurales.
Un catalyseur pour l’économie circulaire
L’utilisation de l’effluent constitue également une opportunité économique. Contrairement aux engrais importés dont le prix fluctue et reste inaccessible pour de nombreux paysans, l’effluent est produit localement et gratuitement par ceux qui disposent d’un biodigesteur. Mieux, certains exploitants commencent à en faire un produit commercialisable. Conditionné et vendu à prix abordable, il ouvre la voie à de nouveaux revenus verts pour les ménages, tout en démocratisant l’accès à une fertilisation durable.
L’effluent incarne l’esprit même de l’économie circulaire. Les déchets organiques, souvent perçus comme des nuisances, sont transformés en énergie (biogaz) et en fertilisant (effluent). En ce sens, « chaque biodigesteur devient une petite unité de production d’énergie et de fertilité, intégrée au cœur des villages et au service des communautés », a déclaré Géoffroy Houngnile.
Une solution écologique contre les changements climatiques
Au-delà de ses avantages agronomiques, l’effluent joue un rôle crucial dans la lutte contre les changements climatiques. En remplaçant les engrais chimiques, il contribue à : réduire les émissions de gaz à effet de serre liées à leur production et à leur utilisation, recycler les déchets organiques en les valorisant dans un cycle vertueux, améliorer la séquestration du carbone dans les sols grâce à l’apport de matière organique. Ainsi, l’effluent du biodigesteur ne se limite pas à une fonction fertilisante : il devient un outil stratégique de résilience climatique en renforçant la capacité d’adaptation des communautés rurales. Geoffroy Houngnile, Promoteur de SCB-BTP Bénin, spécialiste des biodigesteurs et du BTP affirme à cet effet : « Cet engrais organique incarne donc une solution doublement gagnante : il nourrit les sols tout en participant à la lutte contre le réchauffement planétaire. »
Des usages diversifiés
L’effluent peut être utilisé de plusieurs manières :
1. Epandage direct sur les parcelles pour fertiliser les sols.
2. Arrosage foliaire après dilution, permettant un apport rapide de nutriments aux cultures.
3. Valorisation en pisciculture et maraîchage, où il favorise la productivité et la santé des productions.
Sa polyvalence séduit de plus en plus d’agriculteurs qui découvrent, au-delà du biogaz, la richesse insoupçonnée de ce sous-produit.
Expériences au Bénin et perspectives
Des initiatives locales, à l’image de celles de SCB-BTP Bénin, JVE Bénin, Biogaz Bénin Sarl et d’autres acteurs engagés dans la transition énergétique et agricole, encouragent la vulgarisation de l’effluent auprès des agriculteurs. Des formations sont organisées pour expliquer son usage, ses dosages et ses impacts. Les résultats sont éloquents. « Dans certaines zones pilotes, l’effluent a permis de réduire de 50 % l’utilisation d’engrais chimiques », a fait savoir le Spécialiste. De plus ; les producteurs observent une meilleure qualité des récoltes, tant en goût qu’en conservation ; les sols, mieux nourris, deviennent plus résistants aux aléas climatiques (sécheresse, inondations).
Ces succès renforcent l’idée que l’effluent peut devenir un levier stratégique pour l’atteinte des objectifs de sécurité alimentaire, de réduction de la pauvreté et de protection de l’environnement au Bénin.
Défis et conditions de succès
Malgré ses nombreux avantages, la vulgarisation de l’effluent reste confrontée à certains défis :
- Le manque d’informations et de sensibilisation auprès des agriculteurs.
- L’insuffisance d’équipements pour un usage optimal (stockage, distribution).
- La nécessité de tests agronomiques approfondis pour adapter les doses aux différentes cultures.
Pour surmonter ces obstacles, il importe de renforcer la formation des producteurs, d’appuyer la mise en place de coopératives de valorisation de l’effluent, et de soutenir les politiques publiques en faveur de l’agriculture durable.
Loin d’être un simple résidu, l’effluent du biodigesteur s’impose comme un trésor organique au service de l’agriculture béninoise. Fertilisant naturel, atout écologique, source de revenus et levier de résilience climatique, il illustre parfaitement la manière dont les déchets peuvent se transformer en solutions durables. Sa vulgarisation à grande échelle pourrait transformer non seulement les pratiques agricoles, mais aussi l’avenir des communautés rurales, en les rendant plus autonomes, plus résilientes et mieux préparées face aux défis climatiques.